Quai des brumes

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Quai des brumes

Message  RiTon le Mar 26 Juin 2007 - 14:17





Arrow Réalisation : Marcel Carné
Arrow Scénario d'après Le Quai des brumes de Pierre Mac Orlan (Gallimard 1927)
Arrow Adaptation et dialogues : Jacques Prévert
Arrow Société de production : Ciné-Alliance
Arrow Chef de production: Gregor Rabinovitch
Arrow Directeur de production: Simon Schiffrin
Arrow Distribution: Ciné Alliance Mondial - Les films Osso
Arrow Photographie : Eugène Schüfftan
Arrow Son : Antoine Archimbaud
Arrow Montage : René Le Hénaff; assisté de [A.Chourat]]
Arrow Décors : Alexandre Trauner assisté de Paul Bertrand
Arrow Photographe de plateau: R.Kahan
Arrow Costumes : Chanel
Arrow Musique : Maurice Jaubert
Arrow Affiche : Clément Hurel
Arrow Format : 35mm, Noir et Blanc - 1,37:1
Arrow Mixage: R.C.A Photophone System

Avec :
Jean Gabin : Jean, le déserteur
Michèle Morgan : Nelly, la jeune fille sous tutelle
Michel Simon : Zabel, le tuteur de Nelly
Pierre Brasseur : Lucien Le Gardier, chef de bande
Édouard Delmont : Panama, le patron de l'auberge
Aimos : Quart-Vittel
Robert Le Vigan : Michel Krauss, le peintre
René Génin : Docteur Mollet
Marcel Pérès : Le chauffeur du camion
Jenny Burnay : Une fille, amie de Lucien
Roger Legris : Le garçon d'hôtel
Claude Walter : "L'orphelin"
Raphaël : Bébé, le deuxième complice
Martial Rèbe : Le client

Résumé :
Jean, un déserteur, arrive au Havre d'où il veut quitter la France. Il fait la connaissance de Nelly, jeune fille mélancolique terrorisée par son tuteur. Jean et Nelly décident de fuir ensemble mais Jean, qui s'est attiré la haine d'un jeune notable local, est assassiné par celui-ci au moment du départ.

Arrow Durée : 91 minutes
Arrow Sortie : 18 mai 1938 à Paris
Arrow Tournage : janvier et février 1938
Arrow Lieux de tournages : Studios de Joinville et Le Havre pour les plans extérieurs



Récompenses :
Arrow Prix Louis-Delluc 1939
Arrow Grand Prix national du cinéma français 1939
Arrow Prix Méliès de l'Académie du film (ex æquo avec La Bête humaine de Jean Renoir)

Anecdote :
Lors du tournage, Pierre Brasseur, qui parla en mal de Michèle Morgan, s'attira la rancune de Jean Gabin. Ce dernier, très fâché, lorsqu'il dut gifler Pierre Brasseur dans l'une des scènes, ne retint pas son coup. Et on obtint alors l'une des plus belles paires de claques de l'histoire du cinéma.
C'est dans ce film que Gabin prononce son célèbre « T'as de beaux yeux tu sais », dans une scène avec Michèle Morgan. On trouve également d'autres répliques savoureuses, comme « vaut mieux avoir cette tête-là que pas de tête du tout» prononcé par Michel Simon.

Aujourd’hui on a du mal à imaginer comment ce jeune réalisateur de 29 ans, qui n’a alors que deux films à son actif, a pu trouver le financement pour produire un projet si sombre … La genèse du Quai des brumes a été maintes fois racontée, mais il est bon d’en rappeler quelques détails : 1937, Gabin, en balade dans Paris, s’engouffre dans un cinéma pour voir ce film dont sa femme ne cesse de lui parler, Drôle de drame. Il assiste alors à une représentation sifflée et conspuée par le public. Mais le comédien n’en a cure ; ébloui par le style de Carné et les textes de Prévert, il contacte son agent afin de rencontrer le réalisateur. L’entretien a lieu quelques jours plus tard et Gabin lui demande s’il a un sujet à lui proposer. A l’époque il est une immense star et le jeune Carné, un illustre inconnu. Cependant, celui que le grand Jean surnommera peu de temps après « le Môme » ne se démonte pas et propose l’adaptation du roman de Mac Orlan : Le quai des brumes. Gabin sous contrat avec l’UFA (compagnie de production Allemande) pousse les studios germaniques à accepter le scénario. Les producteurs ne prennent pas la peine de lire l’adaptation rédigée par Prévert. Trop content de faire tourner la star, ils acceptent le projet et les premiers essais ont lieu à Neubabelsberg. Mais l’ambiance des studios d’Outre-Rhin est pesante et Carné renâcle à tourner ses premières scènes … Quelques jours plus tard, il reçoit une communication de l’UFA lui indiquant que le tournage est annulé. La censure a lu le synopsis et l’a jugé amoral : parmi ce comité un certain docteur Goebbels impose des idées, prémisses de son abominable chantier destructeur …

Finalement le projet rebondit entre les mains françaises du producteur Rabinovitch ravi de produire le prochain Gabin ! Carné peut enfin tourner l’adaptation du roman de Mac Orlan dont l’action, initialement prévue à Montmartre, est transposée au Havre. Rabinovitch et son complice Shiffrin réalisent avec retard la puissance et la noirceur du drame rédigé par Prévert. Ils essaient par tous les moyens de freiner Carné dans sa création mais rien n’y fait … Gabin soutient Carné et porte le film jusqu’à cette avant première organisée sur les Grands Boulevards où le film connaîtra ses premières salves d’applaudissements.

Malheureusement le film de Marcel Carné reste trop souvent enfermé dans le carcan de cette belle histoire. Mais la légende ne doit pas occulter le contenu extraordinaire du Quai des brumes et il est juste d’en rappeler la force moderne, poétique et prophétique qu’ont su lui insuffler le réalisateur et son équipe.

Pendant les années soixante, les jeunes critiques de la nouvelle vague ont lapidé Carné qu’ils considéraient comme l’antonyme de la modernité cinématographique. Son cinéma noir et blanc aux dialogues ciselés, ses plans d’une grande rigidité, et son approche poétique étaient qualifiés de désuets. Mais il suffit de quelques images pour ouvrir les yeux des cinéphiles contemporains. A travers Le quai des brumes, puis Le jour se lève ou Les enfants du paradis, le réalisateur français impose un style dont les héritiers sont aujourd’hui Tim Burton ou dans une autre mesure Lars Von Trier.

En utilisant à merveille les décors d’Alexandre Trauner, Carné inscrit son drame dans des lieux ordinaires et dénués d’humanité : la boite de nuit, inondée de lumière, est peuplée d’hommes et de femmes sombrant dans l’ennui, la cabane au bord de l’eau est le refuge d’un artiste suicidaire et d’un guitariste sans illusion, et enfin, le magasin de bibelots, où aucun client ne s’aventure, est tenu par un homme qui ne comprend pas pourquoi les gens s’aiment … Cette caractérisation des décors et des personnages crée une ambiance poétique et désabusée. Certains critiques de l’époque sont subjugués par le style « Carné » qu’ils qualifient de « Réalisme poétique ».

JEAN GABIN, comme on sait, a tourné au Havre les extérieurs de Quai des brumes, le film qu'il a achevé sous la direction du jeune metteur en scène Marcel Carné. Dans son rude langage, Jean Gabin disait récemment :
- J'ai l'impression que ce sera un film épatant.

On peut avoir confiance. Ce que Jean Gabin ne dit pas, c'est que rien n'a altéré sa bonne humeur pendant son séjour au Havre ; ni le froid, ni la pluie n'ont paru le gêner. D'ailleurs, ce qui l'a réchauffé certainement, c'est l'accueil qu'il a reçu de la population havraise, heureuse de voir un de ses artistes favoris. Un jour que Gabin jouait une scène sur le port, devant un café à l'enseigne du « Rendez-vous des Matelots », il fut reconnu par des dockers, qui l'obligèrent à se réfugier dans l'autocar qu'ils commencèrent à assiéger et ils ne le laissèrent partir que lorsque chacun d'eux fut monté dans la voiture pour lui serrer la main.

On raconte encore au Havre que Jean Gabin, en soldat colonial, le képi en bataille, la veste déboutonnée, se trouva nez à nez dans le hall de l'hôtel avec le colonel commandant le régiment du Havre et celui-ci commençait à rappeler sévèrement à l'ordre le soldat, quand il reconnut Jean Gabin ; alors, au lieu de lui demander son nom et son matricule, il se contenta de sourire et, pour un peu, il l'aurait félicité de sa mauvaise tenue.



Note : 5/5
Un grand classique du cinéma Français
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